Focus sur le groupe nominal

D’après le livre « Quelle grammaire enseigner ? » Sous la direction de Pellat, Jean-Christophe. Hatier, 2009. 269 pages.

Définitions grammaticales

  1. La linguistique comprend cinq domaines qui sont des points de vue complémentaires sur le fonctionnement de la langue : phonétique et phonologie, morphologie, syntaxe, sémantique, pragmatique, et un domaine mixte : la morphosyntaxe.
  2. La phonétique est l’étude des sons du langage, la phonologie est l’étude des phonèmes.
  3. La morphologie  flexionnelle étudie les variations des mots pour indique le genre, le nombre, la personne, le temps etc. La morphologie dérivationnelle (ou constructionnelle) étudie les procédés de formation des mots (mots dérivés et noms composés).
  4. La syntaxe étudie les combinaisons des mots constituants des syntagmes (= groupes de mots) et les divers combinaisons de syntagmes dans une phrase.
  5. La morphosyntaxe étudie les variations de la forme des mots liées à leurs fonctions syntaxiques.
  6. La sémantique est l’étude du sens. La sémantique lexicale étudie les relations de sens entre les mots : synonymie, antonymie, polysémie, homonymie, etc. La sémantique de la phrase combine, pour l’interpréter, le sens des mots, des marques grammaticales (genre, nombre, temps, etc.), les relations syntaxiques, le type de phrase (déclaratif, interrogatif, etc.). La sémantique du texte étudie l’organisation du texte qui assure sa cohésion, notamment selon son type (narratif, argumentatif, descriptif).
  7. La pragmatique étudie la langue en situation, prenant en compte divers éléments de la communication (participants, temps, lieu, etc.).
  8. Les quatre opérations linguistiques utiles à l’analyse syntaxique et sémantique sont : la substitution (ou commutation), le déplacement, l’effacement, l’adjonction.
  9. Une classe de mots se définit comme un ensemble d’unités linguistiques ayant en commun des propriétés morphologiques, syntaxiques ou sémantiques et pouvant figurer dans les mêmes contextes syntaxiques : verbes, noms, adjectifs, adverbes, déterminants, pronoms, prépositions, conjonctions (de coordination, de subordination), interjections.
  10. Une phrase est un ensemble hiérarchisé de constituants entretenant entre eux des relations de dépendance.
  11. La fonction d’un mot (ou d’un groupe de mots) définit son rôle dans la construction syntaxique et sémantique de la phrase. Plusieurs questions permettent de l’identifier : a) À quel groupe syntaxique appartient-il ? b) Avec quoi le mot (ou groupe de mots) est-il plus précisément en relation  dans ce groupe syntaxique? c) La dépendance syntaxique entraine-t-elle une dépendance morphologique (accords) ? d) Le mot (ou groupe de mot) est-il syntaxiquement nécessaire ou facultatif, fixe ou déplaçable, dans la phrase proposée ?
  12. Il existe deux grandes types de fonctions : la fonction sujet et la fonction complément (de).
  13. La fonction complément (de) présente quatre niveaux de dépendance : le complément du nom, le complément de l’adjectif, le complément du verbe, le complément de la phrase.

Le groupe nominal

  1. Le groupe nominal minimal est constitué d’un déterminant et d’un nom.

Le déterminant

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Un jeune escargot qui partait en vacances rencontra en chemin une vieille tortue qui admirait le paysage. C’était la première fois que l’escargot voyait une tortue et il fut très surpris en découvrant que les escargots n’étaient pas les seuls animaux à transporter leur habitation sur leur dos. Seulement, cette vieille tortue lui parut très grosse et très laide. Il ne se gêna pas pour le lui dire. La tortue, furieuse, grimpa sur un rocher, sauta sur l’escargot et l’écrasa. Sous sa carapace.

Bernard Friot, Histoires pressées, © Milan Poche Junior.

Pour faire un gâteau pour quatre personnes, il faut prévoir :

  • 150 g de farine ;
    • 300 g de sucre ;
    • 80 g de beurre ;
    • et 2 œufs.

Quelles quantités de chaque ingrédient faut-il pour préparer un gâteau pour huit personnes ? À combien de personnes est destiné un gâteau contenant 1 200 g de farine ?

Combien de farine faut-il pour faire un gâteau pour dix personnes ?

D’après Cap maths, CM2, © Hatier

Reconnaitre un déterminant 

  1. Tout mot qui peut être remplacé par un déterminant connu (un, une, le, la …) est un déterminant : La tortue […] sauta sur l’escargot (déterminant) et l’écrasa (pronom). La substitution peut changer le sens : C’est la première fois que l’escargot voit cette/la tortue.
  2. Le déterminant est un constituant obligatoire du groupe nominal. Il est placé en tête et devant le nom. Il ne peut être supprimé dans un texte.
  3. Le déterminant peut être séparé du nom par un groupe adjectival : un jeune escargot, une très vieille tortue. 
  4. Cas particulier du déterminant interrogatif : Combien faut-il de farine ?
  5. Pas de déterminant devant le nom pour une énumération, après une préposition … : Il rencontre en chemin une vieille tortue.

L’accord avec le nom

  • Le déterminant porte la marque du genre du nom (masculin ou féminin) et donne une indication sur le nombre (singulier ou pluriel).
  • L’habitation, notre habitation : genre non précisé par le déterminant.
  • Le pluriel ne s’entend pas toujours à l’oral : leur dos, leurs dos.

Le déterminant actualise le nom

  • L’article défini, le déterminant démonstratif, le déterminant possessif sont dits définis car ils identifient précisément un individu (être, chose, concept).
  • Déterminants indéfinis : article (un, une) ; numéral (quatre) ; partitif (de la, du) ; interrogatif (quel, combien…) ; déterminants exprimant une quantité imprécise (plusieurs, beaucoup de, la plupart de, tous les, chaque …).
  • Déterminants contractés (du, au).
  • Déterminants groupés (ces quelques, tous les, les quatre …).
  • Les déterminants s’adaptent au nom commençant par une voyelle : l’habitation, cet escargot, mon habitation.
  • Usage normé : il a vu des tortues ; il a vu de vieilles tortues.
  • Tous les nombres sont des déterminants numéraux, en lettres, en chiffres ou en symboles : LA diagonale d’un carré d’1 mètre de côté mesure √2 mètre.

Le nom

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Un jour sa mère, ayant cuit et fait des galettes, lui dit :
    – Va voir comment se porte ta mère-grand, car on m’a dit qu’elle était malade, porte-lui une galette et ce petit pot de beurre.
    Le petit chaperon rouge partit aussitôt pour aller chez sa mère-grand, qui demeurait dans un autre village. En passant dans un bois elle rencontra compère le loup, qui eut bien envie de la manger, mais il n’osa, à cause de quelques bûcherons qui étaient dans la forêt.

(Le Petit Chaperon rouge – Charles Perrault, Contes, 1697)

Amélie a reçu du chocolat : trois tablettes de chocolat et une boîte de 12 chocolats. Sur la boîte, on peut lire « 120 g de chocolat en tout ». Sur chaque tablette de chocolat d’Amélie, on peut lire « 125 g ». Amélie a déjà mangé une tablette de chocolat et 7 chocolats.

Combien de chocolat reste-t-il à Amélie ?

Combien de chocolats reste-t-il à Amélie ?

Serge Petit.

Reconnaitre un nom

  1. Un nom est un mot qui peut être le noyau d’un groupe nominal.
  2. Un groupe nominal minimal comprend un déterminant et un nom (si plus = expansé).
  3. Un nom propre sans déterminant n’est pas considéré comme un groupe nominal minimal. Le Rhin : c’est un groupe nominal minimal.

Les sous-classes du nom

  1. Les noms animés humains / animés non humains : J’y pense (à la plus grande avenue de Paris) ; je pense à elle (à Héloïse) ; j’en prends (des gaufres) ; qui vois-tu ? (mon frère) ; que vois-tu ? (une voiture).
  2. Les noms concrets (accessibles par un des cinq sens) et les noms abstraits.
  3. Les noms nombrables ou massifs : des chocolats / du chocolat.

Le genre du nom

  • le sexe physiologique  fixe le genre des noms animés : une femme, une oie, une jument, un homme, un jars, un étalon. Mais pas toujours : la sentinelle, un mannequin, le Petit Chaperon Rouge.
  • Les nombres propres ont un genre difficile à repérer : la France (un pays), le Chili, le Rhin, la Loire, le Caucase, la Lorraine (une région), le Poitou (un département), le Poitou-Charentes (une région).
  • Le déterminant ne précède pas seulement les noms : ce petit pot, la bière la meilleure est celle que vous buvez.
  • Confusion possible entre nom ou adjectif : les malades (à substituer), elle est malade (adjoindre « très »).
  • Noms communs masculins : tous les noms en –isme, -ment (sauf jument), presque tous ceux en -ier, -age, -at, -in, -illon, -oir.
  • Noms communs féminins : tous les noms en –aison, -euse, presque tous les noms en –ance, -ence, -ie, -sion, -tion.
  • La lettre finale –e n’indique pas forcément le féminin : village, beurre.

Le nombre du nom

  • Le singulier désigne la quantité est inférieure à 2 : pas de nuage, 1,789 mètre, du lait, -1 degré, 0 faute, -3 degrés.
  • Le pluriel « x » des noms en –eu, -au, -eau (sauf bijou, caillou, chou, genou, hibou, joujou, pou, ripou).
  • Le pluriel « aux » des noms en –al, -ail.
  • Les mots particuliers : un puits, une noix, les gaz.
  • Pluriel des noms composés ayant un trait d’union : des pèse-lettres, des cure-dents, des perce-neiges, des abat-jours, des garde-meubles.
  • Noms composés avec une préposition : des après-midis, des sans-abris.
  • Pour les noms propres ou avec un article singulier : des prie-Dieu, des trompe-l’œil, des trompe-la-mort.

Les expansions du nom

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Il poussa la petite porte de l’église qui se referma derrière lui n grinçant. La fraicheur ambiante le fit frissonner, mais c’était peut-être aussi la peur. Ses yeux mirent quelques secondes à s’accoutumer à la pénombre, quelques secondes pendant lesquelles il crut l’église déserte. Et puis, il les vit. Comme la fois précédente, une envie folle de fuir le submergea, ses jambes tremblèrent. Ils se tenaient assis côte à côte, un journal sur les genoux, au bout de la dernière rangée de chaises. […]

Lui, le voyageur qui venait de parcourir une longue route pour les rencontrer, franchit les derniers mètres avec l’enthousiasme d’un bestiau qu’on mène à l’abattoir.

Michel Grimaud, Chapeau les tueurs !, coll. « Cascade policier », © Rageot.

À six heures trente, Fred Larivière quitta l’hôtel, un sac de clubs à l’épaule, ses longs cheveux blancs plaqués en arrière, encore humides de la douche qu’il venait de prendre. Il se rendit au terrain de golf, fringant comme un jeune gomme, et débuta son parcours euphorique : il réussit à loger sa balle dans chacun de trois premiers trous en un temps record. Pour une fois qu’il tenait une forme de champion, il regrettait de jouer seul.

Michel Grimaud, Chapeau les tueurs !, coll. « Cascade policier », © Rageot.

L’adjectif épithète

  • L’adjectif est épithète ou attribut : ses longs cheveux blancs, ses cheveux étaient longs et blancs.
  • Les adjectifs relationnels sont dérivés d’un nom, ils ne sont pas gradables contrairement aux adjectifs qualificatifs. Ils peuvent être remplacés par un complément du nom : père > paternel > très paternel > de père.
  • Adjectifs antéposés ou postposés : une envie folle, une folle envie (même sens), un brave homme (gentil), un homme brave (courageux).
  • Les expansions de l’adjectif : ses très longs cheveux (adverbe d’intensité), humides de la douche (complément prépositionnel),  il est triste de partir = il est triste que vous partiez (complément propositionnel).
  • L’adjectif n’est pas déplaçable dans le groupe nominal: la petite porte de l’église, la porte de l’église petite.
  • Il peut toutefois être séparé du nom par des éléments formant une unité lexicale avec le nom : un sac lourd / un sac de clubs lourd (ou un lourd sac de clubs). Mais pas : le chapeau des Dupont noir.
  • Un adjectif placé à côté du nom peut être non épithète : il crut l’église déserte = il crut que l’église était déserte (attribut du complément d’objet). Il débuta son parcours euphorique = Euphorique, il débuta son parcours (adjectif apposé = détaché).
  • Les participes présent et passé sont des adjectifs épithètes : une femme souriante (qui sourit), ses longs cheveux blancs plaqués en arrière (qui sont plaqués en arrière).
  • Les noms épithètes : un temps record, la mémoire tampon.

Le groupe prépositionnel GP compléments du nom

  • Le GP n’est pas déplaçable : il poussa de l’église la petite porte.
  • Tout groupe prépositionnel n’est pas complément du nom mais complément de l’adverbe, de l’adjectif, complément circonstanciel, complément indirect ou second du verbe : Il a reçu un cadeau d’un ami (complément second déplaçable : d’un ami, il a reçu un cadeau).
  • La construction absolue met en relation le groupe nominal et le groupe prépositionnel de façon indissociable, alors que ce dernier n’est pas une expansion du nom : Il quitta l’hôtel, un sac de clubs à l’épaule = ayant un sac de club à l’épaule. Ils se tenaient assis, un journal sur les genoux = ayant un journal sur les genoux.
  • La locution prépositionnelle : « au bout de la dernière rangée ». Au bout de est une locution prépositionnelle et la dernière rangée n’est pas le complément du nom bout (substituer : après la dernière rangée).

La subordonnée relative

  • Elle peut être remplacée par un adjectif : le voyageur qui venait de parcourir une longue route ; le voyageur fatigué.

La subordonnée complétive

  • Quelques noms abstraits peuvent avoir pour expansion une subordonnée complétive : l’espoir qu’elle reviendrait le réconfortait  = il espérait qu’elle reviendrait.
  • Lorsque le sujet de la subordonnée est effacé, la subordonnée complétive peut devenir une construction infinitive : une folle envie de fuir = une envie folle qu’il fuit. Le fait de venir l’enchante = le fait qu’il vienne l’enchante.

Syntaxe et sémantique

  • Certaines expansions ne sont pas effaçables : L’oisillon vole avec l’insouciance d’un nouveau-né.
  • L’opération d’effacement permet de distinguer les expansions déterminatives (qui donnent du sens) et les expansions complétives (qui décrivent) : Il poussa la porte de l’église (déterminative) ; Il poussa la porte de l’église qui se referma derrière lui en grinçant (descriptive). Comme la fois précédente (déterminative), une folle envie de fuir (déterminative) le submergea. […] avec l’enthousiasme d’un bestiau qu’on mène à l’abattoir. (déterminative).

Textes récrits sans les expansions

Il poussa la porte. La fraicheur le fit frissonner, mais c’était peut-être aussi la peur. Ses yeux mirent quelques secondes à s’accoutumer à la pénombre. Et puis, il les vit. Comme la fois, une envie le submergea, ses jambes tremblèrent. Ils se tenaient assis côte à côté, un journal sur les genoux, au bout de la rangée. […]

À six heures trente, Fred Larrivière quitta l’hôtel, un sac à l’épaule, ses cheveux. Il se rendit au terrain, fringant comme un homme, et débuta son parcours : il réussit à loger sa balle dans chacun des trous en un temps. Pour une fois, il regrettait de jouer.

profs : exécutants ou concepteurs ?

« Profs : exécutants ou concepteurs ? » juin 2020 – N° 562 – Les Cahiers pédagogiques

Ma lecture du dossier

Les enseignants souffrent, c’est une évidence et d’une malheureuse banalité dans le salariat d’aujourd’hui.  Il n’y a qu’à écouter la noria des plaintes dans la cour de l’école pour s’en convaincre, et parfois s’en lasser. Les causes sont multiples, mais parlons de notre métier.

La bonne volonté des profs est incontestable mais leur pédagogie inégale, si l’on ose poser la question de Eirick Prairat : « Réduit-elle ou à défaut maintient-elle l’écart entre les élèves en réussite et ceux en difficulté » ? Les profs pressentent que non, au moins ceux qui se posent la question,  laquelle date leur premier constat d’échec et de frustration.  

Frustration puis sentiment d’impuissance que les plaintes d’équipe ne soulagent pas, chacun étant renvoyé à sa propre culpabilité et donc à l’isolement.

Esther Czuk Vel Ciuk décrit la parade légitime des profs quand ils réactivent, consciemment ou non, la  réminiscence de leur école à soi, celle qu’on a vécu tout petit, et qu’on réinjecte par bribes dans sa classe d’aujourd’hui.  Ailleurs, l’article  Dominique Cau-Bareille et Simon Viviers évoquent cette idée de « petite santé » qui permet de se maintenir vaille que vaille, sans toucher ce qui pose problème, à savoir la frustration de l’échec, dans un contexte contraint par l’institution.

En quoi l’institution nous contraint ? Le totem des programmes qui pose parfois un curieux dilemme, évoqué par Maulini,  entre faire le programme ou faire son métier.  Le recueil des données des élèves, qui conduit à l’administration de la classe plutôt qu’à son animation.  Un choix didactique neuroscientifique qui induit le « taylorisme des élèves », selon l’expression de Graham Brown- Martin évoquée par Philippe Watrelot, et parallèlement celui du professeur dans ses choix de remédiation pédagogique.

Alors, comment décrire un modèle de professeur en « grande santé » ? C’est un professeur qui se sent créateur d’expérimentation dans un collectif de terrain.  Luc Taralle et Gwénola Réto en donnent un exemple, le »Labo » en Vendée,  qui privilégie l’horizontalité des échanges.

Pierre Pilard  rappelle bien que les progressions et préparations ont toute leur place à l’école mais comme simples appuis, ce qui libère l’improvisation nécessaire à toute pratique. Et la construction collective permet de dominer l’injonction de programmes, en conclut Roger-François Gauthier.

(Re) devenir acteur de son métier, ne s’agit-il finalement pas de bon sens ?

Bruno Delamotte